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PCF LAVAUR

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CANTONALES 2011 : analyse

25 mars 2011
par L.Paulin

1- Le vide d’alternative politique,

2- Le FN, dangereuse roue de secours du système,

3- Le vote communiste plombé par le « Front de gauche »

(- 360.000 voix par rapport à 2008, - 140.000 voix par rapport à 2004).

Aux cantonales, l’abstention a été la plus faible dans les années 70. En 1976, en 1979, ces élections ont été marquées par le fort rejet de la politique d’austérité de Barre et Giscard, par des progrès importants des partis de gauche dans le cadre d’un affrontement politique intense sur le fond.

En 2011, le rejet de la politique de Fillon et Sarkozy est sans doute encore plus large. Mais le fait majeur des élections cantonales du 20 mars est l’abstention. Comme aux régionales et aux européennes de 2010, elle atteint un niveau record pour ce type d’élection : 55,63% (auxquels s’ajoutent 1,25% de blancs et nuls).

Le désaveu du parti au pouvoir atteint un niveau historique. Seul un Français sur 12 a voté pour l’UMP. Certes beaucoup de candidats de droite ont cherché à masquer leur appartenance. Mais au total, on n’arrive qu’à un électeur sur 7 (32% des suffrages exprimés – 15% des inscrits) ayant voté pour un candidat soutenant la politique du gouvernement.

En face, l’opposition parlementaire remporte indiscutablement le 1er tour avec 50% des suffrages exprimés. Mais cela ne représente qu’à peine un électeur inscrit sur 5. Avec 4,5 millions de voix, la gauche perd plus de 1 million de voix par rapport à 2004. Comme aux régionales de 2010, sa victoire est une victoire par défaut, sans aucun élan. La gauche se contente de perdre moins de voix que la droite.

Comment expliquer un tel niveau abstention ?

Il est vrai que les media ont peu parlé des cantonales et de leurs enjeux propres. Il est certain que tout le débat public est tourné, depuis des mois déjà, dans pratiquement chaque parti, vers l’élection présidentielle de 2012, seule étape présentée comme décisive. Le fait est aussi que la gauche, comme elle gère la quasi-totalité des régions, se trouve déjà à la tête d’une majorité des départements. Autant de facteurs de démobilisations.

Mais, plus profondément, comment ne pas voir que la contestation populaire, telle qu’elle s’est manifestée massivement à l’automne pour défendre les retraites, qu’elle se manifeste de plus en plus fort depuis 2005 contre l’Union européenne du capital, ne trouve pas d’expression, encore moins d’organisation politiques portant son aspiration au changement ? La gauche unie, derrière le PS de Aubry et Strauss-Kahn, dirige le FMI, vote les traités européens, accepte l’allongement de la durée de cotisation pour les retraites, fait corps derrière Sarkozy (Mélenchon compris) pour bombarder la Libye.

Même en politique, la nature a horreur du vide. Aussi les tenants du système mettent en avant un dérivatif à la colère populaire : le FN. La promotion de Marine Le Pen est incessante depuis des mois dans les media. La suite de déclarations incendiaires sur la sécurité, l’immigration et l’islam des Sarkozy, Hortefeux, Guéant et autres ont pour effet de banaliser les positions racisantes, de sortir le FN de son isolement sur ces positions, de le « dédiaboliser ». Le parti d’extrême-droite apparaît comme le seul parti opposé au consensus de ceux qui gouvernent à tour de rôle le pays. L’inflexion sociale du discours du FN – en termes de démagogie, rien ne retient les fascistes – complète le dispositif de captation politique d’une partie de la révolte populaire.

Après les régionales, les cantonales marquent une inquiétante progression de ce plan. Le FN obtient 15,06% des suffrages exprimés, contre 12,1% en 2004, seulement 4,9% aux cantonales de 2008. Dans de nombreux cantons où les travailleurs subissent désindustrialisation, crise et désespoir, le FN est le seul à progresser en voix et atteint des niveaux alarmants : 27% à Calais-centre, 34% à Roubaix-est, 30% à la Seyne-sur-Mer, 37% à Noyon etc. Des scores à évidemment à relativiser avec l’abstention.

Posons la question dans le bon sens : à quoi sert le FN pour le système ?

- La fille Le Pen, comme les autres, contribue à tout ramener politiquement à l’échéance institutionnelle de 2012, à occulter le terrain de la lutte.
- En complicité avec la droite au pouvoir, le FN détourne la colère sociale vers le bouc émissaire idéal, les immigrés, sachant jouer de toutes les conséquences de la dégradation des conditions de la vie quotidienne des uns et des autres. Diviser les travailleurs est toujours au centre des calculs des patrons et des possédants !
- La promotion de Le Pen permet aussi d’écraser le débat politique, comme nous l’avons déjà constaté en 2002 avec l’union sacrée derrière Chirac. La gravité de la menace fasciste sert de prétexte aux partis dominants pour faire accepter leur consensus politique de fond, celui même qui fait le lit de l’extrême droite, au nom du rassemblement. L’extrême droite a ainsi pour fonction de disqualifier certaines positions fondamentales, en particulier l’opposition à l’UE du capital, en les associant au nationalisme et au racisme.

Le cynisme, les calculs des classes possédantes et de leurs représentants les conduisent à jouer avec le feu, à mettre en danger les acquis démocratiques fondamentaux. L’histoire ne nous le montre que trop.

Dans un tel contexte, seul le PCF, peut et devrait, par son analyse marxiste, son organisation de classe donner une perspective d’alternative politique basée sur les luttes, combattre le choix du capital de recourir au pire. Notre responsabilité de communistes se situe à ce niveau.

C’est bien pour cela qu’il n’y a pas matière à se réjouir du résultat attribué au « Front de gauche » aux élections cantonales. Il est indécent de se rengorger, comme le fait Mélenchon par exemple, d’essayer de saouler de mots ces militants communistes qui ont tant contribué aux résultats.

Il y avait une très grande diversité dans les candidatures. Des candidats se sont présentés comme PCF ou apparentés, d’autres comme « PCF soutenus par le Front de gauche », d’autres comme communistes sous des appellations reflétant des accords départementaux. Ailleurs, des candidats ont masqué leur appartenance au PCF sous le vocable « Front de gauche ». Dans d’autres cas, ils étaient candidats de la gauche unie avec le PS (ex : Thourottes, Cabestany…). Ailleurs encore, le PCF soutenait des candidats du PG. Des candidats du PG se sont aussi présentés au nom du Front du gauche mais en hostilité aux candidats du PCF (ex : Saint-Martin-d’Hères dans l’Isère, Saint-Paul-Cap-de-Joux dans le Tarn…). La très grande diversité des situations locales a contrasté avec la volonté forcenée de la direction du PCF de mettre en avant nationalement sa stratégie du Front de gauche.

Globalement, les résultats sont les suivants : les candidats PCF et apparentés (métropole), classifiés automatiquement « Front de gauche » par le ministère de l’intérieur, obtiennent 7,46% des suffrages exprimés. Les candidats PG et apparentés, classés aussi dans le Front de gauche, obtiennent 1,01%. Au total, cela représente 8,47% et 775.806 voix pour les candidats classés « Front de gauche », soit 3,64% des électeurs inscrits. En 2004, sur la même série de cantons, les candidats PCF et apparentés – les candidats PG roulaient alors pour le PS – avaient obtenu 7,9% des exprimés, 957.000 voix, 4,77% des inscrits. Ajoutons qu’en 2011, les partis d’extrême-gauche ont presque totalement fait l’impasse sur les cantonales. En 2004, ils avaient obtenu 367.000 voix et 2,99% ; en 2011, 53.000 voix et 0,58%.

En 2008, sur l’autre série de cantons, dans une situation politique, après l’élection de Sarkozy, plus proche de celle d’aujourd’hui, les candidats PCF et apparentés ont réalisé un résultat de 8,82% des suffrages exprimés, 1.157.000 voix, représentant 5,49% des électeurs inscrits.

Deux constations globales s’imposent.

Le « Front de gauche », même tout assimilé, régresse fortement en voix, stagne en pourcentages sur les résultats du PCF. Il n’a pas constitué une alternative à l’abstention, malgré le mouvement des retraites et le développement des luttes.

Les résultats du « Front de gauche » sont massivement ceux obtenus par les candidats et militants du PCF (7,46% sur 8,47%), ce que reflète, globalement encore, la carte électorale.

Les résultats mériteront une analyse beaucoup plus localisée. Mais on peut déjà dégager quelques tendances :
- L’étiquette « Front de gauche » a permis de mordre sur l’électorat social-démocrate dans des départements où le PCF est traditionnellement faible. C’est le cas dans des cantons de Bretagne ou des Pays de Loire. C’est le cas dans le Puy-de-Dôme, vieille terre social-démocrate, où le Front de gauche fait des résultats pratiquement jamais atteints dans l’histoire du PCF. Le pari « Front de gauche = social-démocratie de gauche » marque des points aussi en Haute-Vienne.
- Quand les candidats « Front de gauche », la plupart du temps PCF, notamment les sortants, passaient pour les candidatures les plus influentes à gauche, ils ont pu bénéficier d’une forme de vote utile à gauche. Le solde en élus devrait être à peine négatif. Dans l’Allier (où il y avait alliance avec Europe-Ecologie), dans le Val-de-Marne, les prochains présidents des conseils généraux devraient rester PCF.
- Dans de nombreux secteurs ouvriers où le Parti était traditionnellement fort, nous enregistrons, malgré l’investissement militant local, un nouveau recul parfois très important en voix (ex : dans presque toute la Picardie, dans le Var, dans l’Hérault…). Cela correspond souvent aux secteurs où le FN fait ses meilleurs scores, sans que, vu l’abstention, on puisse parler d’un transfert.
- Dans des secteurs urbains de banlieue, par exemple en Seine-Saint-Denis, où le PCF a des positions historiques, la campagne n’ont pas arrêté l’abstention (ex : 72% à Aubervilliers).

Il sera temps après le second tour qui mobilise une partie de nos camarades d’aller plus avant dans l’analyse fine des résultats. De fortes progressions de candidats communistes, clairement PCF, (+12% à Jumilhac en Dordogne, +7% à Vesoul en Haute-Saône,…) seront aussi à étudier.

Il n’en reste pas moins que le bilan de la stratégie nationale du Front de gauche, entièrement basée sur les échéances électorales, se traduit à nouveau par un échec aux cantonales, après la perte de la moitié des élus PCF aux régionales.

Le Front de gauche est incapable de donner une traduction politique et électorale aux luttes qui se développent dans le pays, au discrédit des forces politiques dominantes, à la remise en cause même du capitalisme.

Communistes, nous avons pourtant une responsabilité historique à ne pas laisser ce mouvement être détourné et dévoyé par l’extrême-droite, le racisme, la haine complices de la domination effrénée du capital.

L’image, dès le soir du scrutin, de Pierre Laurent, entourant Martine Aubry, avec Cécile Duflot est décourageante, les uns et les autres évoquant déjà les contours du programme partagé de la gauche après une éventuelle victoire électorale en 2012. Le « Front de gauche » s’enferme dans la perspective d’une nouvelle gauche plurielle en 2012, d’alliances politiciennes dans cette direction. C’est une impasse. Mélenchon, sénateur PS honoraire, laisse aux dirigeants du PCF le soin de s’afficher avec ceux du PS. Quel hypocrite !

Mélenchon est pour Maastricht. Il remercie Sarkozy de bombarder la Libye. Il défend mordicus l’euro, « condition d’un SMIC européen » (à 500 euros ?). Le PCF ne peut pas suivre cette voie, celle du PGE ou de la Confédération européenne des syndicats, principale propagandiste du Traité de Lisbonne. L’ouverture d’un grand débat dans le PCF, pour actualiser notre opposition fondamentale à l’UE du capital est essentielle. Il est gravissime de laisser ce terrain au FN.

Face aux provocations du FN et du pouvoir sarkozyste, le point de vue et l’organisation de classe, visant l’unité des travailleurs sont déterminants. Ne laissons pas un seul porte-parole, même marginal, du PCF leur emboîter le pas sur les thématiques sécuritaires et « islamophobes » ! Ne rentrons pas non plus dans les discours sociétaux et sentimentaux qui gomment le principal et nous engagent des rassemblements mous.

L’heure ne devrait pas être aux primaires dans le Front de gauche pour la candidature aux présidentielles, aux marchandages pour le programme de gouvernement après 2012.

Cessons de nous effacer derrière le Front de gauche ! Faire vivre et renforcer le PCF, sur des bases de lutte de classe, partant des réalités quotidiennes de l’exploitation et du profit – 82 milliards d’euros pour les entreprises du CAC 40 - : c’est essentiel !

C’est aussi l’exigence que traduisent et confirment les résultats du premier tour des élections cantonales.


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